Chapitre 8-3 – Banquisia
Plus tard Rintam et ses camarades eurent la surprise de pouvoir être libérés de leurs entraves, et de retrouver leur équipement. Ils furent emmenés dans une grande salle, où Abigor le roi-démon les attendait, au milieu d’une foule de serviteurs humains et de quelques démons mineurs ressemblant beaucoup à des hommes, mis à part la présence de cornes sur la tête. Le lieu contenait des triangles dessinés, des étoiles et surtout des représentations gravées en lien avec Abigor. Il y avait des centaines de témoignages de sculptures sur le plafond, le sol et les murs honorant le roi-démon.
Abigor : Bienvenue dans mon monde infernal, j’espère que l’endroit te plaît, puisque ton âme va y rester pour l’éternité, Rintam. Ce palais t’abritera pour très longtemps.
Rintam : Cela m’étonnerait Abigor, je vous emprisonne dans ce parchemin.
Rintam jeta un sort d’enfermement, mais rien ne se passa. Il s’attendait à une victoire magistrale, mais il ne parvint à rien de concluant, si ce n’était déclencher des rires de la part de la foule de suivants d’Abigor. Le roi-démon interdit formellement à ses serviteurs de se mêler d’une confrontation qu’il voulait savourer.
Abigor : En buvant un peu de ton sang, j’ai acquis une immunité contre tous les sorts que tu lances. Tu n’es plus une menace pour moi Rintam, ou je devrais dire Douceur.
Soudain un guignol arriva et fit un numéro de mariole composé d’agiles sauts périlleux, et de bruits de klaxon. Il tenait dans une main une cuillère et dans l’autre un avertisseur sonore.
Baoman : Ne paniquez pas, Baoman arrive à la rescousse. Abigor prépare toi à mourir terrassé par ma grande cuillère.
Abigor : Elle n’a aucun pouvoir ta cuillère pourtant.
Baoman : Je sais, mais en étant armé de ce dangereux outil de cuisine, je ne te laisse aucune chance de survie.
Abigor (ironique) : Ta victoire sera plus fameuse, si tu m’accordes une chance de me défendre.
Baoman : Tu as raison, par conséquent je vais remplacer ma grande cuillère par une petite alors.
Abigor : J’ai une question, pourquoi vois-tu la cuillère comme une arme ?
Baoman : C’est pourtant évident je peux lancer des petits pois dans la bouche des gens avec ma cuillère. Et si j’ai beaucoup de chance je peux provoquer leur mort par étouffement.
Abigor : En parlant de petit pois, j’ai l’impression que ton cerveau est de la taille de ce légume.
Baoman : Mais c’est génial !
Abigor : Hein ?
Baoman (enthousiaste) : J’ai vendu mon corps à la science, notamment mon cerveau. Les chercheurs seront prêts à débourser très cher pour comprendre le mystère sur le génie au cerveau d’une taille minuscule. Donc à mon décès mes fils Baoman junior 1, Baoman junior 2 et Baoman junior 3 toucheront un gros pécule.
Abigor (murmure) : Super il ne comprend même pas les insultes. (parle plus fort) : Baoman transforme toi en pierre.
Pendant que Baoman devenait une statue, Rintam réfléchissait à toute vitesse pour trouver une solution, mais il ne dénichait pas pour le moment de plan susceptible de le sauver. Quant à ses compagnons ils désiraient lutter, mais ils ne voyaient pas comment apporter une issue positive. Le simple fait pour Abigor d’exhaler un peu de sa puissance suffisaient à neutraliser les pouvoirs d’Elilim, terrasser la résolution de Mignon, et terroriser au plus haut point Gron.
Seul Rintam avait un minimum de volonté de résister à cause de son orgueil presque incommensurable. Il puisait dans son ambition notoire la détermination pour supporter le charisme surnaturel de son ennemi. Même si l’attitude nonchalante et les bâillements à répétition d’Abigor nuisaient un peu à son image.
Abigor : Bon maintenant que le comique de service est neutralisé, il est temps pour toi de mourir Rintam. Après je ferai une sieste de trois (urgh) jours, puis je détruirai un monde en quelques secondes, et je recommencerai une longue sieste.
Mignon : Quelles sont les règles de notre confrontation ?
Abigor : Choisissez d’abord l’arme de votre choix, ce sac magique en toile peut créer des milliers d’armes différentes.
Mignon : Je prends une épée de soixante-dix centimètres en acier trempé.
Elilim : J’opte pour un bâton de magie phénix.
Gron : Moi je désire un trébuchet.
Elilim : Gron il faut être plus de cinq pour manœuvrer un trébuchet, et surtout cette arme de siège ne tire qu’un coup toutes les deux heures. Prenez donc une arme qui tire plus rapidement.
Gron : Dans ce cas je désire un mangonneau. Cette sorte de fronde géante peut tirer une fois par heure.
Elilim : Gron si vous ne sélectionnez pas une arme utile pour notre affrontement, je vous fais regretter d’être né.
Gron : Je veux un bélier, l’arme ultime pour défoncer les portes.
Elilim : Rah Gron vous me rendez chèvre.
Mignon : Elilim puisque vous êtes chèvre, et que Gron souhaite un bélier, pourquoi ne pas ouvrir un élevage ? Il ne nous manque que quelques bêtes.
Elilim (énervé) : Cela suffit Mignon, la situation est déjà assez pathétique comme cela.
L’atmosphère se détendit suite aux pitreries de Gron, mais pas longtemps, Abigor ne montra qu’un peu de sa véritable puissance magique pour plonger dans le désarroi ou le désespoir plusieurs de ses ennemis. Il ne fit qu’exhiber un dixième de son potentiel, cependant cela suffisait à inonder les sens mystiques de ses adversaires, à les faire subir un assaut de défaitisme. Le seul signe visible à l’œil nu de la démonstration de force d’Abigor était une légère lueur noire l’entourant, mais pour une personne capable de sentir la magie, le constat s’annonçait terrifiant.
Rintam ne choisit pas d’arme, car il pensait qu’il valait mieux se concentrer sur un plan bien ficelé. Et puis Abigor son adversaire n’était pas connu pour son sens de l’honneur. L’ambitieux pensait donc que le risque d’entourloupe était réel en usant du sac mystique producteur d’armes.
La situation s’annonçait clairement désespérée, Elilim ne produisit en sacrifiant des décennies d’espérance de vie qu’une misérable étincelle, même pas suffisante pour allumer une bougie. Mignon était tétanisé par l’abattement, il parvenait à tenir debout, mais il n’arrivait pas à simplement dégainer son épée pour engager la lutte. Gron s’avérait si terrorisé qu’il adopta la position de la reddition absolue. Il se prosternait aussi bas qu’il le pouvait, tout en décochant un regard si implorant que seuls les plus sadiques seraient capables de chercher à lui faire du mal.
Abigor avec ses bâillements fréquents, et son air endormi, pouvait paraître plutôt inoffensif pour un roi-démon. Toutefois il s’avérait un vrai cauchemar de puissance. Il était capable rien qu’en levant un bras ou une jambe de produire assez de magie pour alimenter un sort majeur. Il avait une mentalité de fainéant notoire, sa principale activité consistait à dormir vraiment très longtemps. Cependant quand il prenait la peine de se battre il produisait de sacrés dégâts. Quand il cessait d’économiser ses forces, il générait des cataclysmes.
Ainsi Elilim s’avérait très perturbé par le voisinage avec Abigor, il avait des idées plus folles les unes que les autres qui envahissaient sa tête et nuisaient à sa concentration. La présence du roi-démon mettait à rude épreuve sa condition mentale. Par conséquent Elilim ressentait un besoin presque irrésistible de lever les bras bien haut afin de faire tomber sur lui un morceau du plafond au moyen d’un sort. Il ne craignait rien car en agissant comme un suicidaire, il réveillerait le potentiel de courage de Gron, le transformant en héros. Problème son interlocuteur était motivé par autre chose que des pensées altruistes. Il se demandait s’il se comportait comme un super lâche, est-ce qu’il aurait droit à un super salaire à la hauteur de son manque de courage.
Rintam vit que la perspective de mourir, causa chez lui une amélioration de son talent. Il canalisait mieux que jamais la puissance magique sans se propulser de façon spectaculaire vers les murs, ou un autre effet secondaire gênant. Néanmoins puisqu’Abigor était immunisé contre sa magie, cela ne servait pas à grand-chose.
Rintam n’était pas très aidé par ses camarades, et bizarrement il ne concevait aucun stratagème retors. Il se bornait à compiler par la pensée des opérations mathématiques simples comme deux plus deux. Puis un éclair de folie l’incita à déclamer à haute voix des additions.
Rintam : Deux plus deux égalent quatre. Trois plus trois égalent six, quatre plus quatre égalent huit.
Abigor (plein de détresse) : Pitié arrête Rintam, et je ferai ce que tu voudras !
Rintam : Je veux que vous laissiez en paix mon monde Gerboisia, que vous restiez à jamais dans votre monde infernal, et enfin que vous nous rameniez près de mon donjon.
Abigor : Promis juré, je m’exécute tout de suite.
Rintam et ses camarades retournèrent sains et saufs sur le monde de Gerboisia. Ils se retrouvèrent près du donjon de Rintam, un édifice avec une grande tour en pierre de quatre étages et divers baraquements sommaires en bois pour les soldats orques.
Elilim : Quelqu’un peut m’expliquer ce qui s’est passé ? Je n’ai pas tout compris.
Rintam : J’avais entendu une rumeur selon laquelle Abigor ne supportait pas les chiffres. Alors j’ai exploité son point faible, en faisant à haute voix des additions.
Elilim : Rintam je vous dis bravo, vous avez réalisé une action d’éclat, que comptez-vous faire à présent ?
Rintam : Conquérir le monde de Gerboisia.
Pendant que Rintam caracolait, le démon majeur Uphir dressait de sombres manigances dans une pièce sans meuble et décoration, du palais rouge d’Abigor. L’endroit servait souvent à la méditation.
Uphir (plein de ressentiment) : Ne sois pas certain d’être tiré d’affaire Rintam. Sa majesté Abigor a interdit à ses subordonnés de te nuire directement. Mais j’ai déjà un plan pour te faire du mal, tout en respectant les consignes de mon roi.
